L’HYPERTENSION POURRAIT AUSSI DÉPENDRE DE LA POLLUTION

L’HYPERTENSION POURRAIT AUSSI DÉPENDRE DE LA POLLUTION

Bruit extrême, brusques écarts de température, pollution de l’air: toutes ces modifications de notre environnement peuvent concourir à provoquer une hypertension artérielle, facteur de risque connu des maladies cardiovasculaires.
On sait que la pollution en général affecte grandement la santé publique. Il suffit de penser à la pollution de l’air ou aux effets néfastes du bruit. Le système cardiovasculaire semble d’ailleurs être à cet égard en première ligne, puisqu’on a démontré un lien direct entre la prévalence des maladies cardiaques et le niveau de pollution.

Or, l’hypertension artérielle fait partie des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires. Il était donc pertinent de se demander en quoi les diverses pollutions, ou d’autres modifications majeures de l’environnement, pouvaient influencer la pression artérielle et provoquer éventuellement une hypertension, ponctuelle ou durable.

C’est bien ce qui a incité une équipe du Service de néphrologie et d’hypertension du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) de Lausanne à se pencher sur la question. Elle rendait compte de ses conclusions dans la Revue Médicale Suisse.

Chaud et froid

Même si on ne peut pas les qualifier à proprement parler de pollution, les modifications importantes de la température ambiante peuvent avoir des effets tout aussi délétères qu’un air vicié ou qu’un bruit assourdissant. On a en effet mis en évidence il y a quelques années un lien incontestable entre les fluctuations de la mortalité par événement cardiovasculaire et des changements brusques de la température ambiante. Ces variations de température constituent donc un premier suspect, s’agissant de la modification de la pression artérielle.

Une étude entreprise sur 70 patients hypertendus et 50 volontaires en bonne santé a ainsi montré que la pression artérielle était significativement plus basse en été qu’au printemps, et plus élevée en hiver. Des différences qu’ont également été mises en évidence tant par une étude italienne de plus grande envergure que par le projet MONICA de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette corrélation entre température ambiante et pression artérielle peut d’ailleurs s’expliquer en des termes physiologiques, la vasoconstriction ou la vasodilatation artérielles, étroitement liées à la température de l’environnement, provoquant directement soit une augmentation soit une baisse de la tension.

Aïe mes oreilles!

Plusieurs sources de bruit ayant été identifiées comme étant liées à un risque accru de maladie cardiovasculaire, il était aussi intéressant de voir si l’un des facteurs déterminants ne serait pas en l’occurrence la pression artérielle. Et c’est en effet ce qu’a découvert la grande étude européenne HYENA, entreprise sur des individus habitant près de six grands aéroports et qui étaient exposés à la fois au bruit des avions et au trafic routier avoisinant.

L’exposition au bruit du trafic aérien, surtout nocturne, a ainsi été jugée responsable d’une augmentation du risque d’hypertension artérielle de 14%, alors qu’une étude suédoise sur l’exposition chronique au bruit des avions a même conclu à une augmentation du risque de 20%, surtout chez les sujets âgés. Pire: s’agissant dans ce cas de l’exposition au bruit du trafic routier, une autre équipe suédoise a mis en évidence un triplement du risque de souffrir d’une hypertension artérielle, sur 10 ans, lors d’une exposition à un niveau de bruit quotidien de 56 à 70 dB, comparé à un groupe exposé à un niveau moyen de 45-50 dB.

Là aussi, cette corrélation pourrait s’expliquer par l’implication du système nerveux sympathique, qui provoquerait la production d’hormones de stress menant à l’accélération du rythme cardiaque ainsi qu’à une vasoconstriction, dont dépendrait l’augmentation de la pression artérielle.

Sus aux particules fines

C’est bien toutefois sur la pollution de l’air qu’ont porté le plus grand nombre d’études médicales consacrées aux effets délétères de la pollution. Et notamment sur la pollution par une catégorie de particules fines, celle des particules d’un diamètre inférieur à 2,5 microns, baptisées PM2,5.

Le rapport entre les taux de pollution et l’incidence des maladies cardiaques ayant été établi, on s’est plus récemment concentré sur l’éventuelle relation entre la pollution et la pression artérielle, qui pourrait expliquer la fluctuation de la mortalité cardiovasculaire. C’est ainsi qu’une équipe canadienne de Toronto a montré que l’exposition de jeunes adultes à un air concentré en particules PM2,5 et en ozone était susceptible, après deux heures seulement, de faire monter leur pression artérielle diastolique six fois plus que pour des sujets témoins non exposés à de l’air pollué. Ces résultats rejoignent ceux de l’étude américaine MESA, qui a par ailleurs démontré que l’effet sur la pression artérielle était proportionnel à la durée d’exposition.

Que faire?

Les chiffres qui précèdent ne laissent aucune place au doute: il est de plus en plus impératif de réduire au maximum à la source le niveau des diverses pollutions de l’environnement, par-delà le compromis inévitable entre les impératifs de santé publique et les contraintes économiques. Ou alors, pour ceux qui souffrent déjà d’hypertension, de faire tous les efforts possibles afin de se mettre à l’abri des sources incriminées.

Minimiser autant que possible les importantes variations de température semble ainsi être frappé au coin du bon sens, de même que de limiter son exposition aux bruits excessifs, quitte à déménager ou changer d’activité.

S’agissant de la pollution de l’air, certes largement entre les mains des autorités qui devraient être incitées à renforcer encore les mesures ou les normes existantes, l’intervention individuelle ne doit pas être exclue pour autant, concluent les auteurs.

 

 

 

source:Planète santé

À propos de notre chroniqueur

Quebec Boomers

Quebec Boomers